Faïencerie de Pornic

Faïencerie de Pornic
Entreprise


Technique




Une fabrication bien orchestrée


À son arrivée, le biscuit est parfaitement dépoussiéré à l'air comprimé. Les aspérités sont poncées et un test de résonance détecte les fêlures éventuelles. Le plat est plongé dans un bain d'émail opaque puis égoutté. Le biscuit poreux absorbe l'eau de l'émail par capillarité et le temps de ressuyage est réglé par l'émailleuse pour garantir un nappage régulier et sans coulure. 


La pièce émaillée sèche à l'air libre dans l'atelier pendant 24 heures. Quand l'émail est sec, le plat reçoit la marque de fabrique de la maison. 


A l'aide du poncif (feuille d'aluminium percée de petits trous), la décoratrice décalque les contours du motif avec une poncette imprégnée de charbon de bois. Dans d'autres ateliers, les poncifs sont piqués à la main. Le plat est centré sur la tournette et les dégradés de bleus sont appliqués. La simplicité du geste et la rapidité de l'exécution dissimulent la difficulté : peindre sur faïence équivaut à peindre sur un épais papier buvard ! D'autres couleurs appliqués à la touche complètent le motif. D'un geste leste mais maîtrisé, la décoratrice couronne le plat d'un délicat filet.


Le plat séjournera alors pendant dix heures dans le four, dont 30 minutes à 1080°C, chaleur qui dévoilera des couleurs insoupçonnées. Et il ne quittera la Faïencerie qu'au terme d'un strict choisissage (ou tri) et d'un soigneux emballage.



L'émail


De blafard et poreux, le biscuit habillé d'émail deviendra brillant et imperméable après la cuisson. Verre opaque ou transparent, l'émail s'élabore selon des formules précises, testées et consignées au laboratoire.


L'émail se compose de paillettes de verre, la fritte, pulvérisées avec de l'eau et de l'argile dans un broyeur Alseing. La barbotine d'émail obtenue est tamisée et déferrée pour éliminer les points noirs ; sa densité et sa viscosité sont contrôlées et la suspension est améliorée avec un sel de chlorure.


Un test d'accord émail/biscuit peut être réalisé après cuisson.


L'émail passe à l'atelier dans des bacs roulants. Les émailleuses en vérifient l'épaisseur qui, pour un nappage optimal, ne doit pas dépasser 30 à 35 centièmes de millimètre.


Nota : 120 trous au pouce, c'est la finesse de tamisage exigée pour l'épuration des émaux courants.



L'émaillage


L'atelier de décoration, cœur et âme de la faïencerie, est d'apparence paisible mais pourtant d'une activité intense. Émailleuses et décoratrices sont concentrées sur leur travail qu'elles exécutent avec une agilité et une efficacité saisissantes. 


Les gestes de l'émailleuse sont minutieux, soignés et synchronisés. Une trace, une poussière, une coulure contrarient la qualité et se traduisent par des défauts inacceptables après la cuisson.


L'émaillage est réalisé par vaporisation, pour les pièces volumineuses, ou par trempage, technique la plus courante. Un bain d'émail n'est pas une suspension stable. Aussi l'émailleuse prend-elle soin de le brasser régulièrement en inculquant à une pagaie un généreux mouvement en forme de huit.


Le biscuit est saisi avec une pincette adéquate pour ne pas casser l'objet, et au bon endroit pour ne pas entraver le futur passage du pinceau. D'un tour de main de l'endroit vers l'envers, la pièce est promptement plongée dans le bain, pour réapparaître protégée d'une couche uniforme mais fragile.


L'unique et dernière goutte d'émail sera promenée sur le pourtour, au doigt ou au pinceau, et les fines marques des pincettes seront effacées.



La reproduction


Le pochoir

Le pochoir


Autrefois découpé dans des feuilles d'étain ou de plomb, le pochoir maintenant en plastique est un patron aux contours simples, coloré au pinceau, à l'aérostyle ou à l'éponge.


Le tampon

Employé pour reporter des contours à l'instar d'un tampon encreur, le tampon est généralement monté sur mousse afin qu'il se plie à toutes formes creuses ou bombées. Le tampon encré est appliqué suivant un mouvement rituel de "haut, gauche, droite, bas". Le décor sera ici chatironné, c'est-à-dire cerné d'une ligne, comme dans une bande dessinée.


Le poncif

Remontant aux origines de la faïence, le poncif ou chablon reprend le principe du calque. Les contours d'un modèle sur papier sont piqués dans une feuille d'aluminium. La feuille est aplanie pour ne pas griffer l'émail puis formée au galbe de l'objet. Le trait est alors reporté avec un chiffon enroulé, la poncette, chargé de charbon de bois en poudre.



Les bases de la décoration


Décor au pinceau, à main levée ou posée, au pochoir, à l'éponge ou au tampon, les décoratrices pornicaises maîtrisent plusieurs techniques. Toutes ont commencé leur apprentissage par celle de la touche.


Procédé du XIXème, la touche est ce fameux coup de pinceau qui produit la palmette, pétale allongé base même des décors régionaux. Sa technique se résume en trois simples verbes : poser, tirer et lever... quasi simultanément !


Mais avant de poser le pinceau, la décoratrice le charge d'une peinture soigneusement préparée avec un médium et de l'eau pour qu'il arrive au terme de sa mission, sans goutter ni sécher. Et il lui faudra tirer maintes feuilles pour peaufiner un geste à la fois spontané et souple de haute dextérité et donner à chaque palmette un galbe parfait rehaussé d'une lumière centrale.



Un filet sans fin ! 


Un filet réussi n'a ni queue ni tête ; l'œil ne décèlera pas le point de rencontre des deux extrémités. La concentration est de rigueur, avec en outre la maîtrise de la tournette. C'est sur cet objet similaire à un tour de potier manuel que la décoratrice place la pièce à filer, sans autres repères que le doigt et l'œil. Alors que la main gauche actionne la tournette, la droite tient sûrement mais souplement le pinceau pour déposer un filet, un cheveu ou une bande, sans la moindre trace de faille humaine.


Le secret pornicais des parfaits liserés ovales


Tracer un filet sur une forme ronde, c'est un métier. Le reproduire sur une autre forme tient de la prouesse. Or, une machine, inventée par Jacques Guérin en 1974, permet, grâce à un système simple mais ingénieux de mandrins et de pignons, de tracer des filets sur tout plat de forme ovale. 


Le principe a depuis été repris par un fabricant de machine pour céramiques. Sur la tournette, aucun repère pour centrer une pièce, sinon le doigt, l'œil et l'expérience...



Autres techniques


En faïence, passer l'éponge change de sens. L'épongé produit ce liseré moucheté typique du style breton.


D'un mouvement de main cadencé, la décoratrice tamponne le rebord avec une éponge imprégnée de la juste dose de peinture pour éviter tout risque de projections.


Malgré son aspect plus mécanique, la technique de l'aérostyle, un fin pistolet, demande une certaine habileté. Produisant des décors vapo en fondus, grains ou fumés par pulvérisation, elle exige un réglage précis de la pression, du dosage et bien sûr de la visée.



Les complices des décoratrices


Les pinceaux


Tout comme un bon stylo-plume habitué à l'écriture de son propriétaire, un pinceau ne se prête pas. Et chaque décoratrice a sa panoplie de pinceaux, tous dotés de finalités propres.

Toujours de qualité, en martre ou petit-gris, le pinceau de la touche doit être doux pour ne pas accrocher l'émail pulvérulent mais assez nerveux pour se redresser promptement à la fin.

Pour réaliser le filet, le pinceau doit être fin et allongé et, pour la calligraphie, ferme et à bout carré. Dans tous les cas, il doit contenir une réserve suffisante pour ne pas manquer de peinture avant la fin du geste.


Faire de l'or avec une mandarine


L'or liquide, avec lequel on traçait filets et cheveux, devait être dilué dans un solvant, rare et coûteux. Yves Blanc, l'un des premiers décorateurs, eut l'astuce de le remplacer par le jus acide extrait de la peau d'une mandarine.

Quand la solution était préparée, la décoratrice dégustait la mandarine, luxe apprécié juste après la guerre.

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